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Le Siamois, Canard de Phuket: informations en français pour les Français, Belges, Suisses, Québecois et autres francophones qui aiment Phuket, la Thaïlande et la culture asiatique en général.

Vous y trouverez des informations en français sur l'ambiance de Phuket, sur la mentalité des francophones qui y vivent, sur les manifestations culturelles, les bons plans, les expériences personnelles des Français, Belges, Suisses, Québecois et autres francophones qui ont tenté l'aventure de Phuket.

Le Siamois, Canard de Phuket, est ouvert à tous ceux et toutes celles qui ont une expérience à partager: touriste, expatrié, coureur d'aventures, pilier de comptoir, femme d'affaire, planteur, plongeur et j'en oublie: tous ces récits, positifs ou non, contribueront à vous donner une idée de la manière dont la vie suit son cours par ici.

Que vous vous intéressiez plus particulièrement à une zone de Phuket - Patong, Kata, Karon, Chalong, Rawai, Nai Harn, Thalang, Cherng Thalaï, Kamala, Surin, Bang Tao, Nay Yang, Kalim, Ao Makham ou Phuket City - des informations sur ces communautés sont évoquées au fil des différents articles qui nous parviennent: vie de tous les jours, marchés, plongée, femmes, aventures, affaires, fêtes, histoire, etc... Ces différentes informations en français vous permettront peut-être de bien démarrer votre nouvelle vie ou de préparer vos prochaines vacances dans le paradis tropical de Phuket.

Trop peu d'informations en français sur Phuket figurent sur le web. C'est la raison pour laquelle Le Siamois, Canard de Phuket, est né. Dès lors, si vous avez des questions à poser, n'hésitez pas à nous contacter.

P.v.K.

Articles

Expédition MEKONG 1000

Expédition MEKONG 1000 Il y a quelques mois, je vous annonçais l'expédition que préparait Patrick Gasiglia, le surfeur français bien connu de Phuket: la descente du Mékong en paddle surfsur 1.000 kilomètres, de Chiang Khan dans le Triangle d'Or, à Khong Chiam dans le Triangle d'Emeraude. Tout un programme...
Le chiffre "Cinq" étant fétiche pour Patrick, c'est le 5 septembre dernier qu'il a entamé son périple.
Voici quelques extraits de son journal. J'ai volontairement laissé tomber les détails techniques pour mettre en relief l'accueil qu'il a reçu de la population rencontrée au cours de son voyage. Dans la vraie Thaïlande profonde, le sens de l'hospitalité, souvent désintéressée, existe encore.


P.v.K.










5 septembre 2012

J’ai très bien dormi: j’ai pu occulter l’excitation du départ, les angoisses de partir vers l’inconnu, la peur d’oublier quelque chose … J’aurai tout de même la larme à l’œil au réveil en songeant aux cendres de ma maman que j’ai dispersées dans le Mekong il y a 16 ans.

La matinée se passe à la préparation finale de la planche et de mon équipement: tout mettre dans les 2 sacs étanches, installer les fixations des caméras, trouver un mât en bambou et y attacher les drapeaux thaï et français. Je m’équipe aussi des pieds à la tête: chaussures néoprènes, pantalon de surf, lycra manches longues, gilet de sauvetage, camel bag, chapeau à bords larges, lunettes de soleil avec protège-nez en cuir, mitaines …
1000 kilomètres, c’est une course de fond, pas un sprint. Le but étant de finir, je me protège au maximum du soleil, de l’eau, des ampoules.

Tous les Thaïs qui étaient venus jeter un coup d’œil aux préparatifs sont là. Ils me portent la planche jusqu’au bord du fleuve. Je fais connaissance (jusqu’aux genoux) avec la boue des berges, monte sur la planche: au revoir de la main, cris sourires et encouragement des Thaïs, les Chock dee (bonne chance) fusent. C’est parti!

Le Mékong est majestueux et s’éloigne de Chiang Khan en zigzaguant entre les montagnes couvertes de jungle. La surface est calme mais pas lisse, le courant est de 3 kilomètres/heure. Dans l’après-midi j’arrive aux rapides de Hat Bia: en tout, 20 minutes de rapides, un peu de rochers. Je tombe dans un petit rapide juste devant la caméra de Chris et Mag.

J’arrête de naviguer en fin d’après-midi. Christophe m’aide à remonter la planche sur une berge peu hospitalière et un Thaï s’arrête pour nous proposer un meilleur endroit pour dormir: quelques centaines de mètres plus loin les nouveaux locaux de l’immigration sont en travaux. Presque finis, ils seront parfaits pour nous abriter. Ma planche est emmenée là en tracteur. Pas besoin des tentes: on mange, recharge le matériel électrique avec le générateur et dodo.


6 septembre 2012

Bien dormi et en plus à l’abri de la pluie nocturne. Ce matin le soleil brille.
Nous sommes à Packchom d'où je pars à 8 heures. Beaucoup de rapides jusqu'à 14 heures mais pas méchants. Puis arrêt dans une école sur les berges de Ban Huai Thab Chang.
Beaucoup d’écoliers enthousiasmés assistent à mon arrivée. Un repas frugal nous est offert par la maîtresse et par un scout d’une cinquantaine d’années. Avant de repartir et pour les remercier, nous distribuons des posters STARBOARD dans la classe; un mini cours de geographie s’ensuit pour expliquer dans quels pays sont prises les différentes photos.

Je repars et retrouverai Chris et Mag à 17h30 après une dure navigation de 3 heures sous la pluie - gros grains et vents violents - dont les rapides dantesques à Kaeng Jan. Beaucoup de gros obstacles, tronc d’arbres, rochers, vagues et tourbillons. Vitesse environ 20 Km/heure. Un énorme tourbillon m’a happé et m’a gardé le temps de faire 3 tours avant de me recracher! Mes coups de pagaie n’ont jamais été si rapides et appuyés.
Chris et Mag m’attendent juste à la fin du rapide et ont trouvé un petit restaurant sympa. Nous sommes à Ban Muang chez SAYAN et POO.
Un bon dîner et nous montons les tentes. La nuit et le réveil seront pluvieux.


7 septembre 2012

Bain de boue jusqu’aux cuisses pour la mise à l’eau puis départ aux aurores sous la pluie. Vent fort de face et aussi courant de face! Il me faut pagayer fort sinon je recule. Depuis le départ, pas une seule courbature: les mois d’entraînement précédant l’aventure montrent leur efficacité.

Une heure après le départ, un tourbillon géant mais sans aucun rapide manque d’avaler la planche (et moi avec!). Tout l’arrière était déjà aspiré sous l’eau, la planche presque verticale: je me suis jeté sur l’avant pour agripper la sangle, tout s’est remis à plat et après 2 tours le tourbillon m’a éjecté. Grosse peur. Toute la journée, ce seront orages, pluies et vents de face très forts.

Arrivée de nuit à 19h30: épuisé mais en face de Vientiane à Sri Chiang Mai. J’accoste le long des bacs d’un élevage de poissons et Christophe m’aide à hisser ma planche dans la cabane de pêcheur attenante. Une guesthouse à 50 mètres de là nous accueillera pour la nuit.


8 septembre 2012

Petit déjeuner avec des Mama Soup et en route. Depuis hier je prends des petit déj' plus copieux et, au lieu de me nourrir toute la journée, je mange le matin, à midi et à 16 heures. J’ai aussi remplacé le café au lait (3 en 1) par le thé au miel (chaud dans mon thermos embarqué): les renvois gastriques fréquents des journées précédentes ont disparus. Pour m’hydrater en revanche, je bois tous les quarts d’heure. Le camel bag m’est vraiment utile.

Pour pagayer, j’ai trouvé mon rythme. C’est à peu près une heure debout, suivie d'environ 20 minutes assis (position la moins agréable) puis une demi-heure à genoux sur les parties rembourrées en mousse de ma planche et les fesses sur la parie centrale surélevée. C’est la position la plus confortable, dans laquelle mon dos peut même se détendre. Debout, en position paddle surf j’utilise la pagaie avec une seule pale, et assis/à genoux en position "kayak", je remplace le côté avec la poignée par une seconde pale.

Aujourd’hui pas de rapides et seuls quelques petits tourbillons. Le décor est devenu plat et monotone sur les 2 berges. J’ai une bonne cadence et à 17 heures, j’arrive à 200 mètres du pont de l’amitié de Nong Khaï. Une jolie guesthouse SUAN SAWAN RESORT dans un petit bras d’eau à droite avant le pont nous loge pour la nuit. Acceuil touchant avec des colliers de fleurs par TREVOR (un anglais) sa femme PHIM et tout le staff. C’est également le jour de leur mariage.


10 septembre

Juste après le départ je passe donc sous mon premier pont. Chris et Mag sont sur un petit bateau et immortalisent le moment. Il est tôt, il fait soleil, je suis vraiment content. Chaque pont est pour moi élément concret de l’avancement de mon aventure: le Mékong est tellement immense.
Je longe ensuite une esplanade que j’ai déja parcourue à pied il y a 6 mois. Je dépasse un grand chedi tout blanc et je me souviens qu’il dominait une ruine de temple située dans le Mékong. Je suis donc juste au-dessus, maintenant que le fleuve est à son niveau le plus haut.
Un peu plus loin, passage devant le BOUDDHA PARC laotien où j’avais remis au Mékong les cendres de ma maman; gorge serrée et larmes aux yeux …

Plus loin des pêcheurs me font des grands signes pour m’arrêter; on bavarde, ils m’expliquent comment ils pêchent, comment ils appâtent (les berges du Mékong sont habitées de millions de vers de terre). On discute 10 minutes et je leur offre mon thé chaud de la journée.

Aujourd’hui, super forme et j’abats beaucoup de distance. Je dépasse Phon Phisai où je pensais stopper et m’arrête une vingtaine de kilomètres plus loin vers Ban Nikon(?). Je dors dans une maison en construction, chouchouté par les ouvriers avec qui je partage le repas (phet-phet, très épicé). Moi, j’amène le dessert, des rambutans donnés par SAYAN et POO il y a 2 jours. Pas de douche, juste un petit lavage de dents et dodo à 20 heures. Auparavant 2 ouvriers m’ont ramené des bouts de cartons et une vieille couverture pour améliorer mon confort nocturne. J’ai quand même aussi mon mini sac de couchage.


11 septembre

Réveil avec le soleil et les ouvriers. Barres de céréales, fruits secs et un petit pack de jus d’orange. Me voici debout sur la planche à 7 heures; c’est agréable de profiter de la fraicheur matinale.
A 11h30 je passe Pak Kat où je vois que des course de longs bateaux (environ 50 rameurs) se préparent. Les ouvriers m’en avaient parlé la veille car 2 longs bateaux étaient sur la berge prêts à rejoindre la course. Après Pak Kat, le Mékong vire plein nord et le paysage plat depuis Vientiane fait de nouveau place à des montagnes, côté Laos uniquement. Jusque vers 13 heures, j’ai le vent dans le dos et gagne des kilomètres. Mais de 10 heures jusque vers 16 heures, c’est la fournaise. Je souffre de la chaleur, 6 litres d’eau vont y passer. Je retrouve Chris et Mag en fin de journée au temple de Wat Houang.
Comme souvent en accostant, je titube un peu. Rester sans marcher pendant de longues heures chaque jour, cela laisse des traces.
Epuisé mais content: plus de 100 Km en 2 jours. On se prépare à manger dehors et ensuite au lit. Il est 20 heures 15.


12 septembre

Quelques petites îles recouvertes d’herbes se présentent et je fais bien attention de passer entre elles et la Thaïlande; je ne peux en aucun cas accoster sur ces îles puisque elles appartiennent toutes au Laos et mon visa est valable uniquement en Thaïlande. Parfois, avec la perspective je ne m’aperçois qu’au dernier moment que j'ai une île devant moi: de vigoureux coups de pagaie me ramènent alors in extremis du bon côté de la frontière.
La chaîne de montagnes laotienne qui m’a accompagné ici depuis Pak Kat se termine en baissant progressivement. Dans l’après-midi les piles du GPS rendent l’âme subitement: c’était déjà arrivé une fois, les piles neuves du matin n’avaient duré que 3 heures. Puis, coup de fil de Chris et Mag: 3 voyants s’allument sur le tableau de bord du 4X4 et ils sont obligés de rebrousser chemin jusqu’à Nong Khaï chez le concessionnaire Toyota car le garage trouvé dans les environs n’est pas équipé d’ordinateur de contrôle.

Je dépasse Ban Phaeng et décide de continuer. Pendant environ 15 kilomètres aucun arrêt possible: berges abruptes et inhospitalières. Je finis à la nuit tombée par trouver asile dans une famille qui élève des poissons au bord du Mékong. Je dors chez eux dans la pièce principale avec mamie, papa, maman et les 2 enfants. Pour le repas c’est encore très épicé. On dirait du Laarb Kai (salade de poulet), c’est en fait du serpent.


13 septembre

Réveil aux aurores pour tout le monde, Khao Tom (soupe de riz) aux cartilages et pattes de poulet, et en route! Décor plat, monotone et soleil de plomb, le même depuis 3 jours. J’en viens à regretter la pluie que j’avais pourtant maudite les premiers jours de descente. Les gros tourbillons refont leur apparition, plus larges (environ 10 mètres) mais surtout plus mobiles. Ils se déplacent! Parfois, ils se forment juste à mes côtés et s’éloignent ou me suivent pendant presque une minute; d’autres fois ils naissent loin et j’ai comme l’impression qu’ils me foncent dessus. Plus grands mais quand même beaucoup moins puissants que les tourbillons rencontrés vers Packchom.
Chris et Mag sont repartis de Nong Khaï mais à peu près au même endroit que la veille, mêmes symptômes. En fait c’est l’alternateur qui ne fourni plus assez d’électricité mais on peut rouler sans soucis. Cette fois-ci, ils roulent vers moi.
Je rame jusqu’à la petite ville de Tha Uthien. Un Thai charge la planche dans son pick up et, pour 100 Bahts, me dépose dans un petit hôtel avoisinant. C’est un complexe de 10 bungalows: rideaux rouges pour cacher les voitures, capotes dans la salle de bain et film X à la télé, c’est un hôtel pour couples illégitimes. Clim' et eau chaude, je n’en demande pas plus. Chris et Mag me rejoignent 30 minutes plus tard. Nos 2 GPS indiquent cette fois-ci la même position. Je suis arrivé à 10 kilomètres de Nakhon Phanom, fatigué mais content d’être environ aux 2/3 de mon périple.


14 septembre

Je m’aperçois que je fais plus de kilomètres en gérant mon temps tout seul et en m’arrêtant lorsque je veux, souvent tard. Comme Chris et Mag sont aussi venu là pour visiter la région, on décide que, sauf en cas de pépin grave, je vais continuer sans assistance. Je fais donc le plein de vitamines, céréales, fruits secs, piles et boissons dans les compartiments de stockage de la planche. Et on décide de se retrouver à Khong Chiam.






15 septembre

Lever dès 6 heures pour partir tôt sous mon deuxième pont. Après Nakhon Phanom, les montagnes côté laotien disparaissent en même temps que beaucoup de petites îles herbeuses font leur apparition. Aussi beaucoup de pêcheurs avec des filets et des mini carrelets à l’avant du bateau. Ils avancent au moteur et relèvent de temps en temps le filet à l’avant tendu entre 2 bambous. J’essaye de rattraper 2 pêcheurs sur une barque à moteur: ils finissent par s’ensabler dans 20 cm d’eau. Arrivé à quelques mètres d’eux, le même sort m’attend. Je marche en tirant la planche, fais le tour du banc de sable et les rejoins. Je bavarde quelques instants en espérant faire aussi de belles images.

Le soleil est encore plus chaud: aujourd’hui, je vais boire 8 litres d’eau. Pourtant, pas de besoin d’uriner avant le soir; tout est transpiré. Le Mékong est très large et toujours beaucoup d’îles.

Vers 17 heures je cherche un endroit pour m’arrêter et sortir la planche de l’eau. Au bout d’une heure, n’ayant rien trouvé, je vise un petite anse qui a l’air hospitalière. J’allume la mini cam' avant pour l’atterrissage. Je touche la berge, jette la pagaie à terre et saute pour tirer la planche plus haut Mais je me suis enfoncé dans la vase jusqu'au-dessus des genoux. Ce n’est pas moi qui tire la planche mais la planche qui me soutient et évite que je ne m’enfonce plus. J’alterne les appuis sur la planche et des petites tirettes/poussettes. 10 cm par 10 cm la planche avance. Une fois la planche hissée suffisament haut, je marche jusqu’à la route et tombe sur 3 vieux Thaïs, 2 femmes et 1 homme. Après leur avoir expliqué mon aventure et pourquoi je suis là, une des vieille femme part chercher une voisine qui à une chambre à louer et un pick up pour me récupérer.

A l’arrivée de la voisine, le papi me suit jusqu’aux berges et se jette illico dans la vase pour m’aider. Après de gros efforts la planche est hissée et mise dans la benne du pick up. Je monte avec ma planche, pas tant pour la tenir puisque je l’ai attachée, mais surtout parce que je suis vaseux, au sens propre (si l’on peut dire) jusqu’à mi-cuisse. 2 kilomètres plus en amont on arrive dans un resort en construction où seuls 2 bungalows sont terminés. Magnifiques, tout en bois, tout est neuf, clim, frigo, télé, lit … 400 Bahts plus tard, je suis le premier client! Le coin s’appelle Ban San Phan(?).

J’enlève le plus gros de la vase dehors avec le tuyau d’arrosage et file sous la douche chaude pendant 1/4 d’heure. A la sortie, un délicieux Khao Phat Moo (riz sauté au porc) et une soupe m’attendent. Après ma petite séance quotidienne de coups de fils pour donner des nouvelles, je m’endors. Il est 20 heures.


16 septembre

J’espérais une mini grasse matinée jusqu’à 8 heures pour finir de récupérer mais le voisin et sa radio en ont décidé autrement. Les haut-parleurs crient à tue-tête qu’il est l’heure de se réveiller puisque le soleil est déjà là. Il est 6h15. Rapide petit-déj de Khao Tom Moo (soupe de riz au porc) et le fils de la proprio me ramène au Mékong mais, cette fois-ci, sur une solide berge en cailloux qui n’est que 50 mètres plus loin que la vase. Si j’avais su…

Je rame à la fraîche et ça avance vite. Peut-être pourrai-je arriver aujourd’hui à mon troisième et dernier pont, celui de Mukdahan. Les berges des 2 côtés sont plates et arborées. Du côté thaï où je navigue, je devine quelques champs et voit de belles vaches dont beaucoup portent des cloches, ce qui est plutôt rare en Thaïlande.
A partir de 10 heures le soleil se fait plus méchant et le rythme baisse. Je dépasse That Phanom et son grand chedi pointu à la mi-journée. Encore beaucoup d’îles sont disséminées sur le parcours et de longs bateaux de courses à la rame sont amarrés sur la rive thaïe. Ce doit être le sport roi dans la région.

Vers 15 heures le pont est en vue et à 17 heures, je m’arrête dans un petit village qui, apparament, n’a jamais vu de Farang (Occidental). Je montre la photocopie plastifiée de l’article de journal en thaï qui explique mon aventure. Les villageois portent ma planche jusqu'à une maison inhabitée et m’expliquent que je peux dormir là. Je bavarde un peu par politesse et file me laver. Grande jarre en terre cuite, cuvette en plastique et eau froide. C’est à la thaïe et c’est très revigorant!
A la sortie de la douche, la moitié du village est dans la maison et j’ai à manger pour 10. Je mange seul, entouré de plein de spectateurs. Les commentaires vont bon train mais je ne comprend presque rien: entre eux ils parlent Issan (langue du nord-est). A la fin du repas on amène aussi les enfants plus près de moi afin qu’ils puissent toucher pour la première fois un Farang. Sourires et éclats de rires, les poils blonds de mes bras les étonnent.


17 septembre

Cette fois-ci il y a juste devant "ma maison" un haut parleur accroché au poteau électrique. Je vais m’en apercevoir à 4h 30 du matin!!! Chansons, publicités et je crois aussi comprendre que c’est pour annoncer la Kaeng Reua (course de bateaux) de ce soir. Heureusement après 30 minutes le silence revient. Debout à 6h30 et départ une heure plus tard. Je n’ai pas à porter ma planche, les villageois s’en chargent. Quelques minutes plus tard je passe sous le troisième et dernier pont de ma descente: ça motive. J'entrevois la fin et mes coups de pagaie sont plus appuyés; chaque mètre me rapproche de l’arrivée. Encore environ 200 kilomètres.

Les ponts sont numérotés dans l’ordre où ils ont été construits. Ils s’appellent tous "Pont de l'Amitié".
Pont N° 1: Nong Khaï
Pont N° 2: Mukdahan
Pont N° 3: Nakhon Phanom

Je devais théoriquement passer des rapides ici mais, le Mékong étant très haut, ils doivent être submergés. Peu après Mukdahan qui semble bien plus petite que Nakhon Phanom, une nouvelle chaîne de montagnes pas très hautes apparait du côté thaï. Cela change enfin un peu de la plate monotonie. J’ai l’impression d’abattre plus de kilomètres, peut-être parce que j'ai plus de repères visuels. Je passe Don Tan en fin de matinée, aidé par un gentil vent d’environ force 3 dans le dos; enfin le vent est de mon côté et me donne un appréciable coup de pouce.

C’est de nouveau plat, la montagne à ma droite n’aura durée que quelques dizaines de kilomètres. J'accoste un pêcheur qui m’apprend que je viens de dépasser Chanuman. Le temps se couvre, j’espère la pluie... en vain. Je finis de cuire au soleil et m’arrête au bout du rouleau pour aujourd’hui, plusieurs kilomètres avant Khemmarat. Il me reste 140 kilomètres pour arriver à Khong Chiam, le bout des 1000 kilomètres.


18 septembre

Du mal à m’endormir: je pense et réfléchi beaucoup, excité par la fin qui approche et anxieux pour négotier la dernière partie d’une traite entre les montagnes que je ne vois pas encore. Levé tôt, je dépasse Khemmarat dans la matinée en reconnaissant un poste frontière pour Thaïs et Laotiens. J’en ai déjà passé plusieurs, comme à Mukdahan où il y avait beaucoup de navettes de bateaux. Ce poste est tout petit comme le sont les bateaux. Ces postes frontières sont interdits aux Farangs.

Les berges sont très vertes et très droites, j’ai l’impression de ramer dans un canal. C’est tout droit devant pendant 10 kilomètres; si je me retourne, c’est pareil derrière moi.
Dans l’après-midi le Mékong s’élargit de nouveau et je passe un endroit magnifique avec des grandes roches plates des deux côtés avec un mini rapide en son milieu. Beau, très beau, et pas dangereux du tout. Rien à voir avec la vitesse et les tourbillons monstrueux de Kaeng Jan. Juste après, j’accoste un pêcheur: il me dit que l’endroit s’appelle Ban Song Khon. Le fleuve retrouve son calme, s’élargit de nouveau et du relief commence à apparaître. Un peu plus loin, ça rétrécit encore, les roches plates sont plus fréquentes. Je suis arrivé à Samrong.
Je dois marcher un peu dans le village pour avoir un signal téléphone. A 20 heures tout est silencieux. Heureusement j’ai pu acheter quelques brochettes de porc et du Khao Niao (riz gluant) ainsi que quelques pommes avant que le village ne s’endorme. J’écris mon journal à la lueur de ma lampe frontale dans un Sala (place pour bavarder dehors avec un petit toît) au bord du Mékong. C'est là que je vais dormir, je suis fatigué.

Il est temps que j’arrive: mes chaussures néoprènes n’ont plus de semelles, décollées à force d’humidité; mes doigts de pieds sont pleins de champignons et de croutes; à force de macérer, la peau part par plaques; mes lèvres sont cuites et boursouflées… Et par maladresse j’ai perdu mon thermos (qui devrait arriver à Khong Chiam avant moi) et le mousqueton de la sangle avant (qui est au fond du Mékong). Presque plus de batterie dans l’appareil photo et, je pense, guère plus dans la mini cam' que je préserve pour filmer l’arrivée.

Demain je dois faire 75 kilomètres donc naviguer une bonne partie de nuit. On est mercredi soir, j’espère arriver à Khong Chiam vendredi matin tôt.


19 et 20 septembre

Je lutte pour dormir le plus longtemps possible et prendre des forces mais à 8h30, je suis sur l’eau. Je rame tranquillement et profite du paysage, alternance de rochers et de jungle. Il n’y a aucun village et aucune route dans cette partie-là pendant 75 kilomètres. C’est pour cette raison que j’ai prévu de naviguer de nuit.
Les paysages me rappellent ceux rencontrés les premiers jours de descente. Depuis Nong Khaï, c’était souvent monotone. Ici c’est varié. Je dépasse un endroit avec beaucoup de roches plates et très arides. C'est un paysage de western, peut-être suis-je sur le Rio Grande?

La journée se passe bien. Je profite bien du paysage jusqu’à ce que la nuit me rattrape. J’arrive à distinguer les berges jusque vers 21 heures malgré l’absence totale de Lune. J’allume ma lampe frontale mais sa portée est très réduite. Vers 23 heures le ciel se couvre et des éclairs apparaissent au loin, la jungle est sur les deux berges.
Je jouis du tableau des pans de forêts que me révèlent les éclairs et je suis bien conscient du fait que je suis le seul spectateur de la séance. A 2 heures du matin les premières gouttes arrivent. A 3 heures, c’est le ciel qui me tombe sur la tête. Je finis blotti sous le poncho, agrippé à la pagaie. Le courant s’accélère et je laisse la planche se débrouiller seule. De toute façon, je ne vois absolument rien: nuit noire et trombes d’eau, 50 centimètres de visibilité au mieux. J’avance vite, des fois de côté, des fois en arrière. Je sens la planche heurter des rochers, parfois des arbres ou des branches dont je vois les morceaux cassés un peu partout sur la planche. Je suis sous le poncho, avec ma petite lampe frontale. Mon monde connu se réduit à l’espace éclairé devant moi. Dehors le noir, la pluie, le froid, le fleuve, l’inconnu; j’ai peur.
Cela durera une demi-heure, une éternité!

Je sors de dessous mon abri et reste sous la pluie encore une heure, content que l’apocalypse soit finie. La pluie est beaucoup moins dense et les éclairs qui s’éloignent me renseignent sur le paysage qui m’entoure.
Les nuages disparaissent en même temps que les premières lueurs du jour approchent. Je sors d’un défilé, le Mékong reprend de la largeur pour repartir au Laos. Il est 5 heures 30, je suis à Khong Chiam
.

Textes et photos de Patrick Gasiglia


23-06-2013

 

surfeur français Phuket http://www.lesiamois.net/article.php?titre=surf-le-defi-du-mekong-15-07-2012&rubrique=3&zone=0&article=133 Patrick Gasiglia Mékong paddle surf Chiang Khan Triangle d\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\'Or Khong Chiam d\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\'Emeraude Thaïlande thaï Thaïs Hat Bia planche Packchom Ban Huai Thab Chang STARBOARD Kaeng Jan tourbillon pagaie Ban Muang pagayer courbature aventure Vientiane Sri Chiang Mai pagayer paddle surf kayak rapides Nong Khaï SUAN SAWAN RESORT BOUDDHA PARC laotien Phon Phisai Ban Nikon Pak Kat bateaux Laos Wat Houang îles Ban Phaeng Tha Uthien Nakhon Phanom Ban San Phan Mukdahan That Phanom Farang Issan Kaeng Reua Pont de l\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\'Amitié Don Tan Chanuman Khemmarat Laotiens frontières Ban Song Khon Samrong

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[Lire la suite]17-01-2016

La Saison des Noyés

La Saison des Noyés Nous voilà entrés dans la "Saison des Noyés". Ce phénomène est assez typique à la basse-saison qui coïncide avec la Mousson. C'est en effet pendant cette période que les vents et les courants côtiers s'inversent, et qu'apparaissent les courants d'arrachement.

[Lire la suite]26-04-2014

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